Les Misérables au CM2 ?

Les origines du projet

Depuis l'automne 2011, la médiathèque Boris-Vian de Tremblay-en-France propose aux écoles élémentaires de la ville que des bibliothécaires viennent dans les classes faire des lectures-feuilleton de grands textes classiques de la littérature jeunesse ou assimilée.

En mars et avril 2011, je suis donc intervenu dans la classe de CM2 de Mme LABAY, à l'école élémentaire Politzer, pour donner aux élèves une lecture à voix haute d'une sélection des Lettres de mon Moulin d'Alphonse Daudet. Lire « La Chèvre de monsieur Seguin » et « Le Secret de maître Cornille » à des enfants qui ne connaissent pas ces histoires a évidemment permis de partager avec la classe des moments privilégiés, entre une écoute toujours attentive et un temps de discussion et d'échange très fructueux. Le moment de plus surprenant de ce cycle aura certainement été la lecture d'un texte moins connu, « L'Homme à la cervelle d'or », conte fantastique d'une grande noirceur qui a reçu un accueil extrêmement favorable, sans doute grâce à ses allures de fable morale.

Première séance

  • Le Secret de maître Cornille
  • La Chèvre de monsieur Seguin

Deuxième séance

  • L'Installation
  • La Mule du pape

Troisième séance

  • Le sous-préfet aux champs
  • L'Homme à la cervelle d'or

Poursuivant sur cette lancée, j'ai proposé de terminer l'année scolaire sur la lecture intégrale de trois nouvelles de Maupassant : « La Parure », « Aux champs » et « Qui sait ? ». Le choix de ces trois textes m'était dicté par plusieurs critères :

— la volonté de lire trois nouvelles présentant les trois manières de Maupassant, un conte paysan, un conte bourgeois et un conte fantastique ;

— le désir de partager trois textes qui sont chers à mon coeur, que j'ai lus et relus jadis, que je savais posséder parfaitement ;

— le souvenir d'avoir moi-même été auditeur fasciné de « La Parure » et « Aux champs » quand j'étais en classe de sixième, souvenir qui alimente la certitude que cette littérature est accessible à un enfant de 11 ans, pour peu qu'un adulte soit là pour jouer le rôle du passeur et répondre à ses questions.

L'ambition a payé, ces lectures ont suscité l'enthousiasme des élèves et de l'enseignante, qui dans un premier temps avait émis un léger doute sur la difficulté et la longueur des textes. Il est vrai que le vocabulaire, très littéraire, ainsi que les réalités sociales évoquées, celles d'un XIXe siècle paysan ou bourgeois, semblaient réserver ces pages à d'autres lecteurs que des élèves de CM2 du centre ville de Tremblay-en-France. Mais la puissance du récit et leur position d'auditeur, non de lecteur, a permis aux élèves de passer au-delà de ces difficultés et d'atteindre au pur plaisir du texte.

Mme Labay et moi-même nous sommes alors interrogés sur la possibilité de construire, pour l'année scolaire 2011-2012, un projet d'une ambition comparable sur le plan littéraire, mais qui s'étalerait sur toute l'année. C'est au cours de cette réflexion qu'une collègue de la médiathèque, jamais en mal d'idées neuves, m'a glissé à l'oreille : « Et si tu leur lisais Les Misérables ? »

 

C'est ainsi que tout a commencé.

 

Hervé de La Haye

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Commentaires : 2
  • #1

    ballase (samedi, 31 mars 2012 14:08)

    Merci monsieur de La Haye

  • #2

    Dalila (samedi, 30 janvier 2016 14:43)

    Bonjour,

    C'est avec une réelle émotion que j'ai parcouru ce blog. Ce n'est pas tous les jours que l'on "rencontre" des collègues prêts à lire Hugo ou Daudet dans leur classe de primaire!J'étais à la recherche d'inspiration sur la façon d'aborder ce monument de notre littérature avec mes élèves de CM2. Bien entendu, mon idée était de leur faire lire quelques extraits. Je pensais commencer par un travail sur la biographie de Victor Hugo qui s'inscrit pleinement dans l'époque historique que nous étudions en histoire. Pour qu'ils comprennent mieux l'histoire, je m'étais dit que je pourrais leur faire un résumé du livre avant la lecture des extraits. Mais je me trouve dans une impasse : comment résumer Les Misérables?!
    Je trouve votre idée très intéressante. Je me suis souvent faite critiquée par les collègues ou inspectrices car je lis des œuvres de littérature classique à mes élèves. Ma lecture permet des échanges, des éclairages sur des mots ou passages difficiles qui rendraient une lecture autonome rébarbative pour les élèves. En outre, je me positionne comme un modèle "à imiter" afin de développer de bonnes stratégies de lecture. Enfin, je constate que cela est un réel plaisir pour eux, les "grands" à qui on ne lit plus d'histoire!
    Cela étant dit, je voulais vous demander si vous seriez disposé à partager votre texte abrégé.
    Je ne peux que vous remercier pour la rédaction de ce blog qui témoigne que tout n'est pas perdu ; il y a encore des personnes confiantes dans les capacités de nos enfants à recevoir la beauté de ces œuvres!
    Dalila, enseignante en classe de CM2